Synchroniser son cycle avec son assiette ? Ce que pense vraiment une thérapeute nutritionnelle de l'alimentation, de l'inflammation et des douleurs féminines

|Margaux Crickx et Dorothée Dinne
Synchroniser son cycle avec son assiette ? Ce que pense vraiment une thérapeute nutritionnelle de l'alimentation, de l'inflammation et des douleurs féminines

Il y a une question que se posent tôt ou tard de nombreuses femmes souffrant de douleurs pelviennes chroniques, d’endométriose ou du syndrome des ovaires polykystiques : mon alimentation a-t-elle un lien avec mon état de santé ?

C'est une question légitime. Et complexe. Sur Internet, on a tendance à y répondre de deux façons : soit l'alimentation n'a pratiquement rien à voir là-dedans, soit il existe un régime miracle qui n'attend que de vous sauver. Aucune de ces deux affirmations n'est vraie.

Nous avons rencontré Margaux Crickx, nutritionniste et aromathérapeute spécialisée dans la santé hormonale et pelvienne, afin d’obtenir une réponse plus sincère qui vous apporte néanmoins des conseils concrets.

L'inflammation existe bel et bien, mais ce n'est pas toute l'histoire

Margaux s'empresse de replacer les choses dans leur contexte. « Bon nombre des douleurs que ressentent les femmes sont liées à des mécanismes inflammatoires », explique-t-elle. « Mais l'inflammation ne survient pas de manière isolée. »

L'alimentation n'est qu'un élément parmi d'autres d'un ensemble plus vaste qui englobe le niveau de stress, la qualité du sommeil, l'équilibre hormonal et même les troubles lesquelles nous mangeons. Les aliments ultra-transformés, les sucres raffinés, un mauvais équilibre en acides gras… Tous ces facteurs peuvent favoriser une inflammation chronique de faible intensité. Mais il en va de même pour un travail exigeant, une nuit agitée ou une routine matinale source d'anxiété.

Le problème, fait-elle remarquer, c’est que la recherche n’a pas toujours su s’adapter aux réalités des femmes. Historiquement, de nombreuses recommandations nutritionnelles ont été élaborées à partir d’études menées principalement sur des hommes. Les mécanismes précis par lesquels les fluctuations hormonales interagissent avec l’inflammation, la santé intestinale et la perception de la douleur sont encore en cours d’étude. On a souvent conseillé aux femmes de suivre des recommandations qui n’avaient en réalité jamais été conçues en tenant compte de leur corps.

« L'alimentation anti-inflammatoire » n'est pas un régime. C'est une orientation.

On entend sans cesse parler de « régime anti-inflammatoire », mais Margaux reste prudente à ce sujet. « C'est une simplification », explique-t-elle. « L'alimentation peut favoriser ou limiter certains processus inflammatoires, mais il n'existe pas de remède miracle. »

Cela dit, certaines choses reviennent régulièrement dans les études et méritent qu’on s’y attarde. L’alcool, le tabac, les sucres raffinés, la consommation excessive de viande rouge et les produits hautement transformés font partie des « suspects habituels ». Pour certaines personnes (certainement pas tout le monde), le gluten ou les produits laitiers peuvent également être des facteurs déclenchants.

Mais Margaux s’intéresse tout autant à un aspect dont on parle moins souvent : la manière dont on mange, et pas seulement ce qu’ on mange. Le contexte d’un repas a son importance. Manger rapidement sous le stress, sans bien mâcher, tout en consultant son téléphone, cela modifie la façon dont le corps assimile les aliments. Le plaisir, le calme et la présence à table font partie intégrante de l’équation, ce ne sont pas de simples détails accessoires.

Et la rigueur, prévient-elle, peut se retourner contre nous. « Un régime trop restrictif génère du stress et de la culpabilité. C'est en soi un facteur inflammatoire. » Les femmes qui tentent de suivre un régime parfaitement « sain » finissent souvent par développer une relation anxieuse à l'alimentation, qui leur cause plus de tort que les aliments qu'elles essayaient d'éviter.

Manger en fonction de son cycle : pourquoi vos besoins nutritionnels ne sont pas constants

L'une des idées les plus pratiques et les moins abordées de l'approche de Margaux est que les besoins nutritionnels de votre corps varient au fil des jours du mois. Vos besoins nutritionnels évoluent au gré des différentes phases de votre cycle, en fonction de vos fluctuations hormonales.

C'est un concept qui semble tout à fait logique dès qu'on y réfléchit un peu. Pendant la phase folliculaire, votre corps se trouve dans un état hormonal véritablement différent de celui de la phase lutéale. Votre sensibilité à l'inflammation, votre niveau d'énergie, vos besoins nutritionnels : tout cela évolue.

C'est notamment pendant la phase lutéale, c'est-à-dire les deux semaines qui suivent l'ovulation et précèdent les règles, que le corps devient plus vulnérable. Les fluctuations d'œstrogènes pendant cette période peuvent entraîner une carence en magnésium, qui joue un rôle important dans la limitation des spasmes et des contractions musculaires. C'est en partie pour cette raison que les crampes menstruelles peuvent être ressenties comme beaucoup plus intenses chez certaines femmes.

Les acides gras oméga-3 peuvent également s’avérer particulièrement utiles durant cette phase, en contribuant à moduler la réponse inflammatoire à l’origine d’une grande partie de la douleur. Et ces envies de sucre qui surgissent immanquablement quelques jours avant les règles ? Margaux ne les diabolise pas. « Elles constituent souvent un véritable signal énergétique envoyé par le corps », explique-t-elle. Les considérer comme une information plutôt que comme un manque de volonté change complètement la donne.

À propos des compléments alimentaires : utiles, mais pas la première chose à faire

Les compléments alimentaires sont souvent le point de départ que les gens recherchent. Ils sont concrets, faciles à acheter et donnent l'impression d'agir. Margaux réorganise en douceur les priorités.

« La première étape consiste à améliorer votre alimentation. La deuxième concerne votre mode de vie. Les compléments alimentaires viennent en troisième lieu, si tant est qu’ils soient nécessaires. »

Elle souligne que, lorsqu’ils sont indiqués, tous les compléments alimentaires ne se valent pas. La forme compte, le dosage compte, tout comme le moment de la prise. Le magnésium et les oméga-3 sont souvent indiqués en cas de douleurs menstruelles. Le zinc est fréquemment envisagé dans le cadre du SOPK. La lactoferrine figure dans certains protocoles de traitement de l’endométriose. Mais c’est précisément pour cette raison que l’avis d’un professionnel fait toute la différence, non pas pour restreindre l’accès aux traitements, mais parce qu’un complément mal choisi ou pris au mauvais moment n’apportera tout simplement aucun bénéfice et risque même de compliquer davantage la situation.

La nutrition personnalisée : le véritable tournant

S'il y a un fil conducteur qui relie tout ce que Margaux partage, c'est que la personnalisation prime sur n'importe quel protocole spécifique. Les besoins nutritionnels de votre corps ne sont pas déterminés par un modèle générique de « santé féminine ». Ils dépendent de votre âge, de votre mode de vie, de votre niveau d'énergie, de votre état émotionnel et de votre problème spécifique.

Une approche nutritionnelle adaptée à la phase lutéale qui fonctionne pour une femme peut s'avérer totalement inadaptée pour une autre. C'est pourquoi Margaux privilégie les petits changements durables plutôt que les transformations radicales. « Les protocoles sont utiles », explique-t-elle, « mais ils doivent toujours être adaptés à chaque personne et à sa situation réelle. »

Ses conseils pratiques sont plutôt simples : ne vous comparez pas aux autres. Prenez soin de votre santé mentale. Réduisez votre stress autant que cela est raisonnablement possible. Respectez vos limites en matière d’énergie. Hydratez-vous suffisamment. Consommez suffisamment de protéines, surtout le matin. Et procédez à des changements progressifs : de petits ajustements que vous pouvez réellement maintenir ont bien plus de valeur que des changements radicaux qui s’effondrent au bout de deux semaines.

De quoi s'agit-il vraiment ?

À la fin de notre entretien, Margaux revient sur une question plus générale. Les femmes, dit-elle, méritent d’être davantage écoutées. La prise en charge de la douleur chez les femmes devrait être moins standardisée. Les protocoles sont utiles, mais ils doivent être adaptés à la personne qui se trouve en face de soi, et non appliqués de manière uniforme.

Elle plaide également en faveur d'une meilleure éducation en matière de santé hormonale. Non pas pour que les femmes deviennent leurs propres médecins, mais pour qu'elles comprennent suffisamment bien leur corps afin de poser de meilleures questions, de repérer des tendances significatives et de se sentir moins seules face à ce qu'elles vivent.

Car bien souvent, le problème ne se résume pas à la douleur. C'est le fait qu'on nous répète, depuis des années, que c'est normal.

Margaux Crickx

Margaux Crickx

Nutritionniste

Nutritérapeute, formée à la phytothérapie à l'EFP, à l'aromathérapie auprès d'André Bitsas, certifiée en nutritérapie par la CFNA et membre de l'Union des nutritérapeutes francophones. Grâce à la nutrition et à l'alimentation consciente, je vous accompagne pour vous reconnecter à votre énergie vitale et à votre équilibre intérieur.
Dorothée Dinne

Dorothée Dinne

Fondatrice @ Fâmme

Fondatrice de Fâmme et passionnée de technologie devenue défenseure de la santé des femmes. J'ai passé plus de 15 ans en tant que conceptrice de produits et directrice artistique, mais ma plus grande avancée est venue de mon propre parcours de 30 ans marqué par le rejet médical et la douleur. Aujourd'hui, je développe Fâmme, un écosystème sélectionné avec soin qui met les femmes en relation avec des professionnels de santé dignes de confiance et leur apporte un soutien réel. Mère et résidant en Belgique, je suis convaincue que la technologie doit servir l'empathie, et non la remplacer.

Questions fréquentes

Pourquoi tant de femmes se demandent-elles si l'alimentation a un rapport avec leurs douleurs ?

Car ce lien est bien réel, même s’il est souvent présenté de manière trop simpliste. Bon nombre des symptômes douloureux que ressentent les femmes, notamment autour du cycle menstruel, sont liés à des processus inflammatoires dans l’organisme. L’inflammation ne survient pas de manière isolée : elle est influencée par notre alimentation, mais aussi par le stress, la qualité du sommeil et les fluctuations hormonales. Il est tout à fait légitime de se poser la question. La réponse est simplement plus nuancée que ne le laissent entendre la plupart des contenus sur la santé.

Que signifie réellement le terme « inflammation » lorsqu'on parle des douleurs chez les femmes ?

L'inflammation est une réaction biologique normale ; elle n'est pas mauvaise en soi. Le problème survient lorsqu'elle devient chronique ou disproportionnée. Dans le cas de troubles l'endométriose ou les règles douloureuses, une inflammation systémique de faible intensité peut amplifier les signaux de douleur et rendre les symptômes plus difficiles à gérer. Comprendre cela ne signifie pas que l'alimentation à elle seule puisse y remédier, mais cela explique pourquoi les facteurs liés au mode de vie font souvent partie d'une réflexion plus large sur la prise en charge des symptômes.

Pourquoi ai-je des envies de sucre avant mes règles, et dois-je m'en inquiéter ?

Probablement pas. Les envies alimentaires prémenstruelles sont souvent un signal physiologique plutôt qu’un manque de discipline. Dans les jours qui précèdent les règles, les besoins énergétiques de l’organisme évoluent, et le cerveau peut y répondre en recherchant des sources d’énergie rapides. Il est utile de prendre conscience de ces envies et de les comprendre, mais elles ne constituent pas nécessairement un problème à résoudre.

Pourquoi n'existe-t-il pas de « régime anti-inflammatoire » bien défini qui convienne à tout le monde ?

En effet, les organismes, les profils hormonaux, les microbiomes intestinaux, les niveaux de stress et les conditions de vie varient d’une personne à l’autre. Ce qui réduit l’inflammation chez une personne peut n’avoir aucun effet, voire un effet négatif, chez une autre. L’idée d’un protocole anti-inflammatoire universel est séduisante, mais elle ne tient pas la route face à la complexité de la biologie individuelle, en particulier chez les femmes dont le paysage hormonal évolue au fil du mois et au cours des différentes étapes de la vie.

Le stress peut-il vraiment aggraver la douleur physique ?

Oui, et ce mécanisme est bien établi. Le stress chronique active des voies inflammatoires dans l'organisme, ce qui peut intensifier la perception de la douleur et rendre les symptômes plus difficiles à gérer. Cela signifie également qu'une approche alimentaire trop restrictive ou source d'anxiété peut s'avérer contre-productive : le stress qu'elle génère peut l'emporter sur les éventuels bienfaits des changements alimentaires eux-mêmes.

Pourquoi un conseil qui fonctionne pour une femme ne fonctionne-t-il pas pour une autre ?

En effet, les facteurs qui déterminent la manière dont une femme ressent la douleur sont multiples : son âge, son équilibre hormonal, sa santé digestive, ses habitudes de sommeil, son état émotionnel et son contexte de vie jouent tous un rôle. Deux femmes présentant le même diagnostic peuvent avoir des causes sous-jacentes très différentes à l'origine de leurs symptômes. C'est pourquoi les approches personnalisées s'avèrent généralement plus efficaces que les protocoles standardisés, même lorsque ces derniers partent d'une bonne intention.

Est-il normal de se sentir dépassé par tous ces conseils contradictoires sur l'alimentation et les hormones ?

Tout à fait. Le paysage de l'information concernant la nutrition féminine est confus, souvent dicté par des intérêts commerciaux, et tient rarement compte de la complexité individuelle. Les conseils qui promettent de « rééquilibrer vos hormones » ou d’« éliminer l’inflammation » grâce à un régime alimentaire spécifique ont tendance à simplifier à l’extrême des processus biologiques qui sont en réalité très complexes. Se sentir perdue face à tout cela est une réaction tout à fait normale, et non un échec personnel.

À partir de quand est-il judicieux de consulter un nutritionniste ?

Lorsque les symptômes persistent, lorsque vous avez essayé des approches générales sans résultats significatifs, ou lorsque vous êtes confronté(e) à un trouble spécifique trouble l'endométriose, le SOPK ou la (pré-)ménopause. Un nutritionniste peut examiner la situation dans son ensemble, en tenant compte notamment de votre mode de vie, de vos schémas hormonaux et de vos sensibilités individuelles, plutôt que d'appliquer un cadre générique. L'objectif n'est pas d'adopter un régime alimentaire parfait, mais de mettre en place une approche durable et personnalisée, adaptée à votre quotidien.

Que puis-je raisonnablement espérer en modifiant mes habitudes alimentaires ?

Ce n'est sans doute pas un remède, mais cela pourrait apporter un changement significatif dans votre bien-être au quotidien. Les changements alimentaires, lorsqu'ils sont adaptés et bien encadrés, peuvent aider l'organisme à mieux gérer l'inflammation, à maintenir son niveau d'énergie et à réduire l'intensité des symptômes au fil du temps. Ils sont plus efficaces lorsqu'ils s'inscrivent dans une approche globale qui prend également en compte le stress, le sommeil et les soins médicaux, et non pas en tant que solution isolée.

Quelle est la différence entre un diététicien, un thérapeute nutritionnel et un nutritionniste en Belgique ?

Ces titres se ressemblent, mais ils n'ont pas le même sens, et ces différences ont leur importance au moment de choisir qui aller voir.

Le diététicien/la diététicienne est la seule profession du domaine de la nutrition dont le titre est protégé par la loi en Belgique, en vertu d'un arrêté royal de 1997. Pour exercer, il/elle doit être titulaire d'un numéro d'agrément officiel délivré par le Service public fédéral de la Santé. Ses consultations sont les seules prises en charge par la mutuelle belge. La formation porte sur les sciences de l'alimentation, la physiologie et la nutrition clinique, et comprend des stages en milieu hospitalier.

Un nutrithérapeute adopte une approche plus holistique, en mettant généralement l'accent sur les nutriments, la prise de compléments alimentaires et les facteurs liés au mode de vie. En Belgique, ce titre n'est pas réglementé : il n'existe pas de visa officiel, aucun diplôme reconnu par l'État n'est exigé et les consultations ne sont pas remboursées par l'assurance maladie. La qualité de la formation peut varier considérablement d'un praticien à l'autre.

En Belgique, le terme « nutritionniste » n'est pas non plus protégé. Dans la pratique, il peut légitimement désigner un médecin ayant suivi une formation complémentaire en nutrition (« médecin nutritionniste ») ou une personne titulaire d'un master universitaire en sciences biomédicales avec une spécialisation en nutrition. En dehors de ces deux cas, ce titre n'offre aucune garantie officielle.

Pour les femmes confrontées à troubles spécifiques troubles l’endométriose ou le SOPK, les diététiciens et les thérapeutes nutritionnels peuvent tous deux s’avérer utiles à différents moments. Les questions les plus pertinentes à poser à tout professionnel sont les suivantes : quelle est votre formation, quelle est votre expérience en matière de santé hormonale en particulier, et en quoi consiste concrètement votre approche dans la pratique ?

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Ces informations sont fournies à titre purement informatif etne sauraientse substituer à un avis médical professionnel, à un diagnostic ou à un traitement. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question spécifique relative à votre santé, en particulier si les symptômes sont graves, soudains ou accompagnés de fièvre ou de saignements abondants.

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